Calamity Steph nous donne toutes les ficelles…


Clarisse Luiz 1 mai 2019

À 35 ans, Calamity Steph est devenue une personne très connue (et reconnue) dans le monde du Shibari et du Kinbaku. Chaque vendredi, elle anime avec son compagnon les goûters du Kinky Club à Paris dans le célèbre club Cris et Chuchotements. Elle a accepté de nous parler de sa passion et de son travail d’enseignante dans l’art du bondage.

kemoil.ru : Comment avez-vous découvert l’art du Shibari ?

J’ai découvert le Kinbaku en 2001, à la suite de recherches pour le projet sur l’art corporel que je présentais au Bac. La paradoxale liberté qui découlait d’une contrainte quelconque m’interpellait. J’ai néanmoins attendu 2016 pour m’y mettre, d’abord comme attachée puis très rapidement comme attacheuse.  

kemoil.ru : Pourquoi avoir attendu autant de temps ?

Avant 2015, je voyais du Shibari en soirées fetish, mais rien qui ne faisait écho en moi. C’est par le biais de photos faites par un ami photographe, Patrick Siboni, que j’ai découvert le Kinbaku, le bondage traditionnel Japonais et l’approche traditionnelle de certains attacheurs en France. J’ai fait le tour des photos de chacun, pris le temps de ressentir ce qui s’en dégageait et j’ai choisi de rencontrer Alex DirtyVonP en mars 2016 pour me faire attacher. L’intensité ressentie durant la session et mon tempérament dominant m’ont donné envie d’apprendre cet art. 

kemoil.ru : Qu’est-ce qui vous a donné envie ensuite d’enseigner cet art ?

C’était une évidence pour moi. De formatrice pour adultes j’en suis venue à enseigner le Kinbaku fin 2016. Mon parcours professionnel a toujours été en lien avec la transmission du savoir, la psychologie et la sociologie. Depuis toute jeune, je suis passionnée par les relations interpersonnelles et les mécanismes d’apprentissage. Naturellement, j’aime accompagner et enseigner, particulièrement dans les phases de découverte qui nécessitent de la pédagogie. 

kemoil.ru : Le Shibari est-il une pratique liée étroitement au BDSM ou peut-on s’intéresser aux jeux de cordes sans être de cet univers ?

Actuellement, beaucoup de pratiquants ne viennent pas du BDSM et souhaitent simplement attacher dans un but méditatif, artistique ou axé sur la capture ou l’exploration des limites du corps. Leur pratique ne met pas en avant l’échange de pouvoir qui est le socle du BDSM. Ils font du Shibari ou de la corde. Pour moi, par contre, c’est étroitement lié.  

kemoil.ru : Qui sont vos élèves ?

Beaucoup, mais pas tous, sont issus du milieu libertin ou BDSM, ils viennent
pratiquer en couple et sont à la recherche, au-delà de la contrainte, d’une forme de communication et d’attention portée à l’autre. 

kemoil.ru : Quel est le ressenti de la personne attachée ? 

Il est variable en fonction de chacun. Je pense qu’il y a un ressenti commun, quelle que soit la raison pour laquelle on se fait attacher : les endorphines. Cette morphine naturelle, sécrétée durant un effort physique (quel qu’il soit : sexe, sport, tatouage…) permet au corps et à l’esprit de se relâcher. Paradoxalement, on ressent généralement un profond sentiment de liberté et de lâcher-prise face à la contrainte physique. Si on ajoute à cela l’aspect cérébral, on obtient un cocktail intense. Le plaisir transgressif de s’autoriser à être pris en charge, d’être dans sa bulle, de pouvoir investir un terrain de jeux avec son partenaire où l’on se rend délibérément vulnérable… Personnellement, après ma première fois dans les cordes de DirtyVonP, je suis restée deux jours dans cet état, à la fois euphorique, pleine de confiance, apaisée. C’est un retour que j’ai souvent de la part de mes partenaires. Sans oublier les plaisirs plus cérébraux tels que jouer sur la gêne d’une position exposée ou avoir le contrôle temporaire. 

kemoil.ru : La relation « attacheur » / « attaché(e) » est-elle automatiquement une relation Maître(sse) / Esclave ?

Non, loin de là. Ceux qui s’attachent sont issus du monde libertin, polyamoureux, BDSM, vanille… Comme dit plus haut, certains pratiquent sans cette notion marquée d’échange de pouvoir, d’autres en jouant dessus mais « Maître / Esclave », c’est autre chose, c’est un sentiment d’appartenance profond que l’on retrouve dans le BDSM. Je reformulerai en disant « dominant / dominé ou top / bottom » qui sont déjà plus souples.  

kemoil.ru : Est-ce qu’il vaut mieux prendre des cours avec une personne expérimentée pour débuter ?  

Oui, absolument. Les cours, privés ou collectifs, sont essentiels quel que soit le type de pratique envisagée (suspension, poignets attachés aux barreaux du lit, projet photo…) D’un point de vue purement technique, ce n’est pas tout de placer les cordes « au bon endroit », il faut aussi apprendre des notions d’anatomie et savoir ajuster la tension des cordes. Le principal incident physique sera la compression du nerf radial qui peut entraîner une paralysie temporaire de quelques heures à quelques semaines. Attention, toute personne possédant des cordes n’est pas forcément un bon attacheur et un bon attacheur n’est pas forcément un bon un enseignant. Devenir un bon attacheur nécessite un investissement important en temps et en argent. Le jeu en vaut la chandelle, au départ on vient pour apprendre de la technique et finalement, on découvre une culture, des concepts, une philosophie, un art de vivre et de partage.

(Photo à la une : )

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