Céline Tran : une guerrière en talon aiguille 


Clarisse Luiz 9 avril 2019

Céline Tran a été plus connue durant ses 13 ans de carrière sous le pseudonyme de Katsuni. Elle a été, après des études à Sciences Po qui à priori ne la conduisaient pas du tout à ce style de parcours, l’une des plus grandes pornstars françaises ayant remporté une quarantaine de distinctions à travers le monde. Elle publie aujourd’hui son premier livre Ne me dis pas que tu aimes ça, une autobiographie où elle raconte ses années passées dans le X, ses rencontres, ses émotions et le plaisir qu’elle y a pris.

kemoil.ru : Pourquoi cette autobiographie ?

Ce qui m’a motivée, c’est l’envie de partager mon ressenti sur un parcours qui dépasse largement l’expérience du X. C’est un projet très personnel, que j’avais en tête depuis des années mais je devais me sentir prête à l’écrire. J’y parle bien sûr de plaisir, mais aussi de quête d’identité, de solitude, de l’importance d’être intègre et de vivre ses choix pleinement pour s’épanouir. Dire aussi que les femmes n’ont pas le droit à une certaine forme de plaisir qui soit autre que dans une relation très classique de couple ?

C’est une phrase qu’une attachée de presse m’avait soufflée avant que je rentre sur un plateau de télévision. C’était une manière de me mettre en garde et de dire : fais attention, il est mal perçu de dire publiquement qu’on puisse aimer le sexe et être payée pour, surtout lorsqu’on est une femme. Il faut bien souvent, et encore plus en médias, une excuse pour que cela
paraisse acceptable. 

kemoil.ru : Élève très studieuse, éducation catholique, relations familiales plutôt chaleureuses… Actrice X. Cherchez « l’erreur ». Comment expliquer cette trajectoire ?

Je sais, cela semble choquer lorsque je dis avoir choisi ce métier. Car ce n’était pas par défaut ni désespoir. Mais je dois dire que l’ordre et les règles qui ont régi mon environnement, ont aussi attisé mon plaisir de la transgression. J’ai grandi dans la pudeur, la timidité, la retenue. Le jour où j’ai eu mon premier orgasme à 19 ans, cela a fait l’effet d’une cocotte-minute ! Cela a déclenché en moi un appétit auquel le porno constituait la réponse idéale. Je voulais explorer, découvrir mon corps et son potentiel à ressentir. J’ai utilisé le X comme un chemin initiatique.

kemoil.ru : Le X, c’était vraiment pour vous une recherche de liberté ?

À travers le X, j’ai fait un choix de femme libre. C’était un affranchissement face aux codes moraux, à la norme. Cette liberté, j’ai continué de la vivre en acceptant les risques et la précarité qui allaient avec. En fait, la liberté ne se cherche pas, elle se pratique dans chacun de ses choix ! Aujourd’hui, je garde un regard tendre et une nostalgie par rapport à ce milieu. C’est vrai, il est fêlé, c’est une cour des miracles, mais je l’aime dans toute sa démesure et sa folie. Parce que sans basculer dans la folie, on ne se connaît pas vraiment. J’aime explorer les extrêmes pour atteindre l’équilibre.

kemoil.ru : Certains disent que le porno offre une image dégradante de la femme. Qu’en pensez-vous ?

C’est toujours une question de perception. Car après tout, quand on regarde les hardeurs, ils sont souvent réduits à leur sexe et leurs performances, ce n’est pas eux que l’on met en avant dans les films, on évite de montrer leurs visages, ce ne sont pas eux qui sont starisés ou les mieux payés… Si je reconnais que beaucoup de films sont peu esthétiques et assez réducteurs et répétitifs, que l’on cultive l’image de la femme sexuellement dévouée, j’ai l’impression que les gens qui cassent le porno ne sont clairement pas ceux qui paient pour voir du contenu de qualité. Car des vidéos où les femmes sont belles, valorisées, dans des mises en scènes soignées, il en existe aussi ! 

kemoil.ru : Et si tout était à refaire ? Vous choisiriez toujours d’être actrice porno plutôt que prof de lettres, par exemple ?

Je me sens riche de ce parcours, mais si je revenais dans le passé avec l’expérience et la connaissance que j’ai aujourd’hui, je choisirais évidemment autre chose puisque l’intérêt est toujours d’explorer quelque chose de nouveau. 

kemoil.ru : Que vous a apporté ce métier ? Le plaisir… mais aussi ?

Oui, le plaisir sous plein de formes différentes, pas uniquement sexuel. Beaucoup de rires, de rencontres, de voyages. De la satisfaction aussi, dans le fait de réussir, de gagner le respect d’un public, de créer un lien avec lui, de trouver ma place. Il m’a aussi apportée une très belle histoire d’amour et une expérience qui me sert aujourd’hui dans mes nouvelles activités.

kemoil.ru : Aujourd’hui, vous dirigez une collection de BD pour adultes.

Oui, je suis directrice de la collection de Porn’Pop, une collection de BD dédiée à la sexualité, aux éditions Glénat. Nous avons débuté à la rentrée avec un guide fun et éducatif : Les joies du sextoy d’Erika Moen, et la parodie Petit Paul, de Bastien Vivès. 

kemoil.ru : Finalement, même si vous avez arrêté le X, le sexe, ça reste votre vie ?

L’énergie sexuelle, c’est la vie… et l’amour aussi. Plus généralement, le rapport au corps reste au centre de ma vie. J’ai obtenu des certifications professionnelles en massages bien-être, en yoga, je pratique aussi les arts martiaux, et je me forme également en hypnose Ericksonienne. Mon équilibre est là. Dans les 1 000 vies que je me crée. Et toutes se connectent et se complètent. Pourquoi se limiter ?

(Photo à la une : )

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