Prostitution : Vénus, 20 ans, escorte, témoigne…


La rédaction 6 février 2019

Nous avons interviewé Vénus, une travailleuse du sexe parisienne qui nous parle de son activité et nous donne son avis sur la pénalisation des clients.

kemoil.ru : TU ES UNE ESCORTE DE 20 ANS, COMMENT LE VIS-TU ?

Être travailleuse du sexe pour moi,  ça allait de soi. J’ai toujours été à l’aise avec ma sexualité et en tant que femme transgenre, capitaliser là dessus n’a jamais été un souci. De but en blanc, je l’ai annoncé à toutes les personnes auxquelles je tenais. J’ai eu beaucoup de chance parce que ma famille a été très compréhensive, surtout ma mère. Malgré ça, au début, je le vivais vraiment trop mal. J’étais isolée, je ne connaissais pas d’autres travailleuses du sexe, et entendre les gens « slutshamer » ce que je faisais me mettais mal à l’aise. Quand j’ai connu le STRASS, c’est devenu différent.

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kemoil.ru : RACONTE-NOUS TON PARCOURS AU SEIN DU STRASS. QU’EST-CE QUE TU Y FAIS ?

J’ai commencé à militer au STRASS l’année dernière et maintenant je fais partie du Conseil d’Administration.

On fait pas mal d’actions de prévention, de communication militante, de manifestations… Tout ce qui peut booster l’image des putes ! Sinon, ce qu’on fait le plus, c’est les maraudes ! Surtout au Bois de Boulogne. On essaye de savoir s’il y a eu des agressions, et quand c’est le cas on essaye d’emmener les filles au commissariat. La plupart du temps on a un peu l’impression de faire ça pour rien quand on voit que des affaires comme Vanessa Campos éclatent encore aujourd’hui.

Je tiens la permanence du STRASS où les filles passent pour boire un café ou juste discuter et je fais de l’accompagnement personnel. J’essaye de leur apprendre à déclarer leurs impôts. L’année dernière on a même réussi à mettre en place une mutuelle spécialement pour les travailleuses du sexe !

kemoil.ru : QUEL EST TON AVIS PAR RAPPORT À LA LOI  ?

Ils prétendent la faire pour protéger les travailleuses du sexe, c’est un prétexte beaucoup trop gros. Non seulement ils nous rendent encore plus précaires mais pire encore, ça donne au client une sorte de toute puissance. Comme ils savent qu’ils risquent quelque chose en se payant nos services, ils veulent jouer la domination.

Même si cette loi est néfaste ce n’est que le sommet de l’iceberg. Il y a de plus en plus de policiers au Bois de Boulogne et de plus en plus de contrôles aléatoires au faciès. C’est une chasse au migrant pour moi, qu’on se le dise !

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kemoil.ru : EST-CE QUE TU TE SENS CONCERNÉE LORSQUE L’ON PARLE DE LA VIOLENCE DES CLIENTS ?

Parler de « violence des clients » je ne suis pas d’accord. Parce que quand quelqu’un nous agresse ce n’est pas un client, c’est juste un agresseur. Si quelqu’un vole dans une banque, avant d’être un client de la banque c’est un braqueur. Il n’y a qu’avec la clientèle des travailleuses du sexe qu’on ne fait pas cette distinction.

Cette loi dans les termes ne peut être vérifiée que sur le terrain et moi j’exerce de façon très ponctuelle dans la rue donc je ne suis pas autant concernée que les filles qui y sont tout le temps. Même si c’est un problème qui ne me concerne que de loin, en tant qu’escorte j’utilise mon privilège pour défendre celles qui travaillent dans la rue. On a la chance d’avoir un téléphone portable avec internet pour gérer notre carnet d’adresse. La majorité des prostituées qui sont dans la rue sont des personnes précaires. Parfois elles n’ont pas de téléphone, pas d’internet et pas de toit pour recevoir.

kemoil.ru : FINALEMENT, CETTE LOI N’A PAS TROP AFFECTÉ TON ACTIVITÉ ?

Cette loi non, parce que j’utilise plus internet pour trouver des clients. C’est surtout à cause des accusations de proxénétisme contre des sites comme Viva Street et Craigslist que je suis touchée. Viva street représentait la moitié de mon chiffre d’affaires, et maintenant c’est très compliqué voir quasi impossible de poster une annonce dessus ! Heureusement avant la loi de 2018 j’avais déjà mon petit carnet d’adresse donc je ne m’en sors pas trop mal.

kemoil.ru : EST-CE QUE CE TYPE DE LOI TE DONNE ENVIE DE TE BATTRE OU D’ARRÊTER ?

Financièrement même si j’en ai un peu pâti mais je préfère continuer de faire ça. J’ai envie de continuer de me battre. Cette loi renforce mon militantisme. Ils ont beau essayer de nous détruire on trouvera toujours des alternatives !

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kemoil.ru : POUR TOI CE SERAIT QUOI LE MODÈLE DE PROSTITUTION IDÉALE ?

Ce serait comme tous les autres modèles de travail. Je veux une dépénalisation totale : qu’on enlève tout ce que pénalise n’importe quel intervenant. Ni légalisation, ni pénalisation ! Et plus simplement je voudrais qu’on ait une entrée dans le droit commun parce que on est obligé de payer des impôts mais sous un autre statut en tant qu’auto-entrepreneur, comme « massage », par exemple. C’est normal ça ?!

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