Cancer de la fellation ? N’exagérons rien !


Antoine 17 avril 2015

On savait depuis longtemps que le papillomavirus ou HPV pouvait déboucher sur un cancer du col de l’utérus ou même sur un cancer de la gorge, via la fellation ou le cunnilingus, mais la presse mondiale l’a redécouvert. Bilan sur les contrevérités et les vrais dangers.

Les papillomavirus sont récemment revenus sur le devant de la scène des médias et ce de façon presque indirecte. Une étude médicale conduite par deux chercheurs Suédois et parue ensuite aux Etats-Unis a alarmé toute la presse, qui n’a pas hésité à évoquer un prétendu « cancer de la fellation ». La relation entre certains types de papillomavirus et le cancer du col de l’utérus a déjà été établie depuis longtemps. Or, on sait aussi que les papillomavirus se transmettent par voie sexuelle. Mais de nouveaux éléments statistiques ont fait leur entrée dans cette recherche : à Stockholm, le nombre de cancers de l’amygdale dus à une infection par un papillomavirus a été multipliée par sept en trente ans. Les chercheurs ont par ailleurs précisé que de nombreuses études récentes montraient un accroissement du nombre de cancers oropharyngés (gorge, amygdales, langue…) dus à ce type de virus et dont les porteurs avaient eu de nombreux partenaires, tout en devenant sexuellement actifs de plus en plus tôt, avec des pratiques différentes. Pour ainsi schématiser : les nouvelles générations coucheraient de plus en plus jeunes, avec de plus en plus de partenaires différents, tandis que le sexe oral se banaliserait… Et à cause de ces différents facteurs, nous serions confrontés à une épidémie de cancers de la gorge.

En y regardant d’un peu plus près, on peut cependant penser que le bilan n’est pas forcément si catastrophique.

Chiffrons peu, chiffrons mieux

Il suffit tout d’abord de poser quelques simples chiffres pour relativiser. Par exemple, on dénombre, environ 4 000 cancers de l’amygdale chaque année en France contre plus de 25 000 cas de cancers des bronches. Par ailleurs si le VPH (virus du papillome humain) peut augmenter par 100 les risques de développer un cancer du col de l’utérus, il faut savoir que, dans le contexte du cancer oropharyngé, ce risque est trois fois moins important. Pour mémoire, le cancer du col de l’utérus tue 1 000 femmes par an.

Les vrais dangers

Il est toujours bon de rappeler que, pour 90% d’entre eux, les cancers de l’amygdale seraient liés au tabac et à la consommation excessive d’alcool. Il se trouve également que dans les quelques cas étudiés, les patients qui sont seulement positifs au VPH guérissent plus facilement que ceux dont le cancer à pour origine le tabac ou l’alcool. Ces patients auraient une réaction bien meilleure à la chimiothérapie et à la radiothérapie, de plus, les fumeurs et gros buveurs sont plus exposés à la récidive, ailleurs dans leur corps. Et si on constate, certes, une hausse des cancers de la gorge chez les femmes, ce serait surtout dû au fait qu’elles sont de plus en plus nombreuses à fumer. Mais comme les études sont relativement récentes, les données sont difficiles à comparer. Ce qui fait dire à certains experts que les dernières recherches parues auraient été réalisées avec des chiffres peu fiables ou, du moins, confus. Effectivement, parmi ces patients, un grand nombre pratiquait plus souvent le sexe oral que la moyenne nationale, mais on y trouvait également plus de fumeurs et de gros buveurs que dans un échantillon moyen de population… Comment, dès lors, déterminer l’origine de la tumeur ?

Petit retour sur le VPH

Tout d’abord, il faut rappeler que le virus du papillome humain peut très bien être présent dans l’organisme sans jamais se manifester. Ce virus se transmet par contact sexuel, de peau à peau entre (au choix) un pénis, un scrotum, un vagin, une vulve, un anus ou encore une bouche. Il est même possible de transmettre le VPH en embrassant les parties génitales d’un partenaire. En revanche, ce virus ne se transmet pas par le sang. Toute personne en activité sexuelle peut très bien y avoir été exposé. Dans certaines études, il a également été noté que les sujets exposés à un rapport sexuel complet à un plus jeune âge étaient les vulnérables face au VPH. Typiquement, on découvre l’infection de manière assez simple : les hommes trouvent des verrues génitales appelées condylomes sur leur pénis et les femmes l’apprennent après avoir fait un banal frottis chez leur médecin. Le moyen le plus sûr de l’éviter reste bien sûr l’utilisation du préservatif, même pour la fellation (une digue dentaire est recommandée pour le cunnilingus). Mais encore une fois : la plupart des porteurs du virus ne se rendent pas compte qu’ils sont infectés car ils ne développent aucun symptôme (et cela peut durer toute la vie). Pour connaître son statut, il suffit de se faire tester par prise de sang auprès de vos professionnels de santé habituels. Pour les femmes, il existe un vaccin qui permet de se protéger et certains laboratoires seraient même prêts à vacciner les hommes. Nul doute que ces nouvelles études apporteront de l’eau à leur moulin, même s’il s’agirait alors d’une campagne de vaccination relevant du fameux principe de précaution, si prisé des sphères politiques (on parle d’un vaccin qui coûterait environ 400 euros).

Savoir raison garder !

Si ces parutions récentes font couler beaucoup d’encre, elles confirment cependant une tendance plutôt rassurante : les pratiques sexuelles ont beaucoup changé depuis trente ans et plus particulièrement au cours des quinze dernières années. Selon une étude datant de 2006, 70% des Français pratiquent régulièrement la sexualité orale (plus d’une personne sur deux entre 20 et 24 ans).

Quoi qu’il en soit, nous ne sommes aucunement face à une épidémie ou à un pic au sens strict du terme. Par ailleurs, quand on connaît « tout » de la santé de la personne avec qui on a des rapports sexuels, il ne sert plus à rien d’utiliser un préservatif pour la fellation ou le cunnilingus.

Enfin, il convient de souligner deux faits établis. Premièrement, le HPV peut cancériser des cellules, mais les tumeurs dues au HPV ne sont pas forcément cancéreuses, elles peuvent être bénignes. Deuxièmement, il ne faut surtout pas affaiblir le message sur le sida : par voie orale, on contracte bien plus fréquemment le VIH que le VPH ! Il s’agit de deux problèmes très différents, mais desquels il n’existe toujours qu’une manière très efficace de se protéger, le préservatif.

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Antoine B.


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