« Préservatif à consentement » : produit fantaisiste ou révolutionnaire ?


Clarisse Luiz 8 avril 2019

Quatre mains pour enfiler un préservatif c’est vrai que ça fait beaucoup mais si c’était pour la bonne cause ?

Tulipán, une compagnie de sextoys argentine a fabriqué le premier « préservatif à consentement » au monde.

Valse à quatre mains

Aux quatre coins de l’emballage de cette petite boite de préservatif, des points de pression sur lesquels deux personnes doivent appuyer pour que soit libérée la capote tant attendue. La marque Tulipán qui a eu l’idée de ce préservatif affirme que le design unique garantit aux deux parties d’être impliquées dans la décision du rapport sexuel. L’emballage serait inouvrable sans deux paires de mains.

« Pour cette campagne, nous avons compris qu’il fallait parler de la chose la plus importante dans chaque relation sexuelle : le fait que le plaisir ne soit possible que si vous donnez votre consentement », a déclaré Joaquin Campins de BBDO, l’agence de publicité responsable de la campagne du préservatif. « Si ce n’est pas un oui, c’est un non », ajoute-t-il.

Pour l’instant, l’entreprise distribue ces préservatifs en édition limitée dans des bars et des événements de Buenos Aires mais a annoncé son intention de les commercialiser prochainement.

Un concept qui laisse dubitatif

Alors que le produit est salué pour sa promotion du consentement et du safe sexl’idée laisse dubitatif.

Certains craignent que le mécanisme soit défectueux (qu’on puisse casser la boite, ou l’ouvrir avec deux mains si on a les doigts souples) ou peu utile en cas de viol (où il est rare que les agresseurs s’arrêtent pour prendre le temps d’enfiler un préservatif) ou en cas d’agression par plus d’une personne.

La marque semble également oublier que le consentement peut être retiré à tout moment et ce même pendant un rapport sexuel. Une femme n’est pas à l’abris du stealthing par exemple, pratique qui consiste pour un homme de retirer secrètement son préservatif pendant l’acte.

Si ce n’est pas un préservatif qui va arrêter les viols, c’est déjà un bon début pour normaliser le consentement. 

Du marketing à la #MeToo

Ce produit rappelle les Safe Shorts, des culottes anti-viol qui ne peuvent pas être déchirées. Un produit qui renforce l’idée qu’il appartient aux femmes de dépenser de l’argent pour se protéger des agressions, plutôt que s’attaquer directement au problème : les agresseurs. Malheureusement en pleine ère Me Too les marques sont de plus en plus nombreuses à surfer sur la vague du mouvement pour gagner en visibilité. Reste à savoir si c’est dans l’intérêt des femmes ou bien pour faire des bénéfices sur des produits fantaisistes sans réelle utilité… 

(Photo à la une : Tulipán)

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